Pour la deuxième fois, je participe au blog de Emery Doligé, Choses Vues, avec cette fois ci un article consacré à l’engouement autour de Google +. Si le réseau social de Google apporte son lot de nouveauté, il atteint selon moi ses limites par bien des points.
Finalement, Google + est le nouveau Quora
Que les choses soient claires : loin de moi l’idée d’écrire un article à contre-courant de l’opinion pour le simple plaisir de l’être. J’ai commencé à appréhender Google + en même temps que la plupart d’entre vous, je travaillais alors en agence conseil en communication pour un grand compte et mes collègues s’extasiaient devant le nouveau venu. Il faut dire qu’étant spécialisés dans le « Real Time Marketing », un petit vent de fraîcheur provoquait chez nous une excitation réelle : passagère pour les uns, durable pour d’autres.
Google, fidèle à lui-même, lance donc la version test d’une révolution annoncée, on se jette sur les invitations en pensant à ces nouvelles habitudes qu’il faudra acquérir, à ces longs mois de galère à faire grimper son nombre de followers sur Twitter et la peur de devoir tout recommencer. Il faut dire que Google fait les choses bien et profite des faiblesses de Facebook qui (aux Etats Unis) semble perdre du terrain, pour offrir à la face du Monde le tout nouveau réseau social dont il n’avait pas besoin.
Avec Facebook et Twitter, Google + a profité de rampes de lancement puissantes que n’avaient pas ses concurrents.
Très vite, l’engouement est énorme. En une semaine Google + atteint 10 millions d’utilisateurs, 1 milliard d’item sont publiés chaque jour et 2,3 milliards de clics sont effectués sur les boutons « +1 ». Difficile de faire si probant. Comparé au lancement de ses concurrents direct, Larry Page et ses amis ont de quoi se frotter les mains, si ce n’est que pour atteindre si rapidement 10 millions d’users Google + a profité de rampes de lancement puissantes que n’avaient pas ses concurrents, je parle bien sûr de Facebook, et de Twitter. Une vérité générale plutôt simple mais incroyablement révélatrice des raisons de ce lancement en fanfare, couplé à son statut de « trending topic » largement relayé par les blogs.
Si mes premiers pas dans Google + me rappellent mes débuts au sein de Twitter, parce que dérouté par le vide je me suis dit qu’il valait mieux que je revienne plus tard, l’engouement du monde des médias, de la communication et du monde geek pour ce nouveau réseau m’a surtout rappelé Quora, cette plateforme communautaire qui a défrayé la chronique en janvier 2011. La twittosphère lui prédisait un avenir exceptionnel avant que les espoirs s’effacent à vitesse grand V. Quelques jours ont suffi pour la faire oublier à tous les observateurs, pourtant l’engouement était très fort. Si l’espoir suscité par Google perdure tant bien que mal, c’est bien sûr parce qu’il est soutenu par les bases solides de la firme de Mountain View, loin de la petite start-up qu’est Quora.
Il semble avoir « le cul entre plusieurs chaises », et tout cela se ressent dans les publications de ses membres.
Passé l’aspect « cercles » et « publications multi groupes » que d’autres ont déjà bien mieux développé que je ne pourrai le faire ici, Google + perturbe par son positionnement : à mi-chemin entre réseau d’amis (comme Facebook), réseau professionnel (comme LinkedIn) et réseau d’information (comme Twitter), il semble surtout avoir « le cul entre plusieurs chaises », et tout cela se ressent dans les publications de ses membres, elles non plus pas vraiment positionnées.
L’autre bémol – et c’est maintenant que Quora revient en jeu – c’est cette manie assez déroutante de se retrouver « encerclé » par des inconnus. Je me souviens qu’à l’époque les principales critiques faites à Quora étaient relatives au fait que des centaines de followers vous prenaient d’assaut sans que vous n’ayez donné votre avis. C’est sensiblement la même chose sur Google + puisque la partie réservée à la recherche de contact regorge d’inconnus avec pour seule information leur nom et prénom véritables. On s’interroge alors sur l’utilité d’une telle possibilité d’ajout qui ne servira au final que le « mass mailing » façon G+, mais surement pas le chemin social de ce réseau, car si Twitter permet de suivre des personnes extérieures à son cercle « réel », il le fait selon un contenu, ou un statut qui nous attire. Ce n’est pas le cas de Google +.
Au final, avec une mécanique moins intuitive que ses concurrents, Google semble une nouvelle fois – pour sa première version en tout cas – rater le train des réseaux sociaux. Le lancement de « + », facilité par la viralité liée à Facebook et Twitter n’aura pas raison d’un positionnement compliqué pour le commun des mortels, Google + souffre aujourd’hui de son manque de fréquentation, et les premiers chiffres négatifs font leur apparition sur la toile, quelques semaines seulement après le lancement. Avec 20 millions d’utilisateurs, il séduit aujourd’hui les USA et l’Inde, loin devant le reste du Monde. En matière de réseaux sociaux, il est toujours bon de se tourner vers le Brésil, énorme consommateur de tweets, qui ne l’a pas beaucoup plus adopté que la France ou l’Allemagne en nombre d’inscriptions.
L’avenir nous dira si Google rattrapera son retard. Il lui faudra pour ce faire s’adapter à une foule déjà éduquée, car le schéma inverse se fera difficilement. Il est aujourd’hui le repère d’un certain nombre de communicants, geek et social medias addicts, et nos cercles « familles » et « amis » sont faméliques. Un signe. Tout comme le fait que l’homme le plus encerclé du réseau n’est autre que … Mark Zuckerberg. CQFD.




